Historique de la bande-annonce
La bande-annonce n’est pas une technique de communication récente à l’échelle de l’histoire du cinéma. Situant la naissance du 7ème art, de manière restrictive certes, en 1895 avec l’apparition du cinématographe des frères Lumière, il n’aura fallu attendre qu’une vingtaine d’années (1912) pour voir se dresser les premiers traits des bandes de lancement de films.
La première bande-annonce a été crée par Niels Granlund, responsable de la publicité chez Loews Theatres, cinéma fondé par Marcus Loew à l’origine de la Metro-Goldway-Mayer (MGM). Le publicitaire décida de concevoir une petite bande promotionnelle portant sur la comédie musicale « Pleasure Seekers » à l’époque projeté au Winter Theatre Garden à Brodway.
Intéressant mais encore marginal à cette époque, ce procédé de promotion consiste à présenter quelques images du film à venir aux spectateurs. Cela est fait de façon grossière mais pose les bases d’un type de communication aujourd’hui incontournable dans le monde cinématographique.
En 1919, la National Screen Service (NSS) se lance dans la création de bandes-annonces aux Etats-Unis. La société conservera un monopole jusqu’en 1930. En effet, la NSS n’avait pas l’accord des studios pour réaliser ce matériel communicationnel. C’est pourquoi, dans les années 30, les studios décident de produire leurs bandes-annonces en interne. Sans pour autant être hors du coup, la NSS commencera à signer des contrats, quelques années plus tard, avec les principaux studios hollywoodiens, les majors3, prenant en charge la création et la distribution du matériel promotionnel.
C’est à partir de 1930, moment où il y a une « professionnalisation » de la bande-annonce, que celle-ci commence à se développer. Elle passe d’une simple suite d’extraits à un véritable « court-métrage » dans lequel des extraits sont unis par un micro-récit, une bande son, une voix off,….
Stanley Kubrick reconnaitra d’ailleurs s’être inspiré du court-métrage « Very nice, very nice » d’Arthur Lipsett pour sa bande-annonce du « Dr. Strangelove » sorti en avril 1964.
Se développe alors la technique des cartons, des bandes originales, de la voix-off,… Toutes ces techniques étant apparues dans le cinéma seront désormais utilisées afin d’améliorer la qualité des bandes-annonces et d’inciter davantage le spectateur à se rendre sans les salles obscures.
Durant de longues années les relations entre la NSS et les studios de cinéma se feront et se déferont. La société de promotion ayant un statut monopolistique, elle est incontournable dans le domaine de la promotion de films. Certains studios tenteront d’intégrer, à leur chaine de production et de distribution, la promotion. C’est ce que fait Columbia en 1960 en rompant son contrat avec la NSS. Cette collaboration tumultueuse entre la NSS et les studios hollywoodiens continuera jusque dans les années 80.
A cette époque, un cinéma était constitué de quelques salles (une à cinq), mais le circuit de promotion va exploser avec l’apparition du multiplexe cinématographique. Ces cinémas ne sont plus composés de quelques salles mais d’au moins une dizaine. Le premier grand multiplexe a été construit à Bruxelles, par le groupe Kinépolis, en 1988, proposant un complexe cinématographique composé vingt-cinq salles. Ce changement spatial dans la conception d’un cinéma va chambouler le pôle de la promotion de films. Avec une telle concentration de salles au même endroit, le public se retrouve face à un choix plus large de films. La concurrence entre les différents studios va s’accroitre et les enjeux économiques vont devenir considérables.
Les différents studios décident alors de rapatrier la promotion au sein de leur groupe. Il n’est plus question de « sous-traiter » et certainement pas à la NSS qui détenait le monopole dans ce domaine. Avec une concurrence accrue entre les films, il n’est plus logique que ce soit une même agence qui prenne en charge la promotion de toutes les majors. A partir de ces années, la NSS va commencer à décliner, jusqu’à être revendue en 2000 à Technicolor Motion Picture Corporation, une société créée en 1915 spécialisée dans la technicolor, procédé utilisé pour les films en couleur.
D’un point de vue formel et artistique la bande-annonce continuera à évoluer. Tantôt classique, vantarde, originale ou stéréotypée, son évolution sera liée aux techniques et codes du cinéma mais également à la technologie.
Prochainement, des affiches mouvantes vont être développées dans le cadre de la promotion de films. La frontière entre affiche et bande – annonce risque alors devenir de plus en plus poreuse forçant ces deux médias à se redéfinir.
Le texte qui ci-dessus est protégé par le droit d’auteur. Si vous voulez l’utiliser ou le citer, veuillez utiliser les références suivantes : N. HALLET « La bande-annonce de films de fiction : de sa définition à sa conception sémio-pragmatique« , Louvain-la-Neuve, 2010.

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